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samedi 27 septembre 2014

Soir urbain 421

C'est beau
Une ville le soir
La pluie sur les trottoirs

Des pas sur le macadam
Silhouette fine dans le noir

Entrer et s'asseoir
La lumière du bar
L'inox du comptoir
Un café pour se réchauffer

Et puis un verre aussi
Rester un peu ici

Une table à l'écart
Le bruit des voix
Qui crient qui rient
Un livre ouvert
Qu'elle ne finira pas

Il fait bon ici
Cuir et bois
Gouttes qui perlent
A la vitre, là-bas

C'est l'heure de tous les possibles
Veste enlevée
Elle se sent bien
Tweed et soie

Elle attend peut-être
Un rendez-vous
Quelqu'un
Un mot doux

La nuit, peut-être, sera
Nylon et satin
D'ici le matin...

mercredi 30 novembre 2011

L'escalier



Devant nous, une volée d'escaliers s'élevait.
Au pied de la montée, votre main tendue m'engageait à vous y précéder. Et pas réellement par galanterie... celle-ci, dans les règles de l'art, commandant plutôt le contraire... Mais qu'importe le protocole ! Comment refuser une aussi aimable invitation ? Passer devant vous me donna quelques frissons...
Evidemment, vos mains dans la montée durent retenir mes hanches qui tanguaient... Puis vos mains s'enhardirent à une ascension elle-même inspirée, aspirée par mes dessous je présume...
A l'issue de cette balade ascensionnelle sensuelle, nous parvînmes, ravis et rosis, à l'étage gravi...

Mais non ! C'était un ascenseur à l'ancienne, avec sa cabine en bois, boutons de laiton et grille en fer forgé. Vous avez refermé la grille puis les deux battants de la porte sur nous... Et vous avez pressé le bouton. L'étroitesse de l'endroit ne laissait aucun espace entre nous... Ou peut-être en avons-nous fait le prétexte... à un long et langoureux baiser, collés l'un à l'autre, tout au long de la montée...

Mais non ! C'était un ascenseur intégralement transparent, cage de verre au milieu de la ville... Trop vaste pour deux, mais par chance nous y sommes montés sans témoins : alors, vous avez fait glisser ma robe, doucement, le long de mon corps... et moi votre chemise, et votre pantalon aussi...
Et au sommet, nous étions nus, dans cette bulle de verre au milieu du monde, tenus par le regard, ivres et fous...

Mais non ! D'une brusque secousse, je me suis réveillée, dans un lit immense et blanc : et j'étais dans vos bras, heureusement...

mardi 18 octobre 2011

Juste à côté

Je suis passée de l'autre côté.
Et la cloison de papier, comme une surface d'eau lisse, sans un pli, derrière moi s'est refermée.
Vous étiez là. Vous m'attendiez.
Enfin, bien sûr vous n'en aviez pas l'air... Vous étiez très absorbé par votre lecture.
Je n'ai pas fait de bruit. Je me suis installée, pas très loin, sur la longue banquette où vous étiez, et j'ai regardé droit devant.
Je voyais le monde vivre et vibrer, pressé empressé...
Au coin de mes yeux, à la périphérie, juste là où l'on ne distingue plus bien les couleurs, je voyais le mouvement de votre tête, qui de temps en temps regardait par-dessus ses lunettes, par dessus votre bouquin, dans ma direction.
Il me semblait inconvenant de tourner la tête vers vous, précisément à cet instant-là.
Puis, il m'a semblé inconvenant de vous ignorer...
Et je vous ai regardé.
Oh, à la dérobée, seulement chaque fois que vous lisiez, tête penchée. Un mouvement imperceptible de votre tête pour vous relever, et je ne vous regardais plus, j'étais déjà échappée, le regard loin, comme un chevreuil à l'orée du bois, jouant à se cacher en s'immobilisant dans les bosquets. Et puis je vous regardais à nouveau, dès que vos yeux lisaient. Et ainsi de suite.
A ce jeu, je n'ai pas tenu longtemps.
Peu à peu, je regardais les passants de plus en plus longuement, car vous lisiez de moins en moins, amusé par le jeu sans doute... Et vous ne me laissiez guère de répit. Je n'avais plus le loisir de vous observer sans me trahir, il fallait que je croise votre regard. 
Je me suis alors tournée résolument vers vous, comme une biche aux arrêts, faisant face, interdite.
J'ai sursauté : vous étiez si près !
Vous aviez avancé vers moi, sans que je m'en rende compte, glissant de côté sur le siège jusqu'à vous approcher... très près : juste à côté.
Vous n'avez pas vu mon frémissement, du moins ai-je essayé de le contenir.
Mais il était dans l'air, il était palpable. C'était un frisson délicieux...
Et je lisais dans vos yeux que vous le sentiez...
- Je vous offre un verre ?
Nous avons bu, et conversé. Je parlais peu, je vous écoutais beaucoup, et le vin m'enivrait assez.
Je n'ai pas vu la nuit tomber.
Quand elle était là, j'ai pensé qu'il était tard, trop tard pour repartir seule...
Et vous avez lu dans mes pensées.
- Je vous raccompagne, ou on va manger ?




jeudi 29 septembre 2011

C'est beau une ville la nuit

 
Je suis allée en ville pour chercher quelque chose à manger : je pensais faire vite et rentrer.

Et puis, dehors, le soir était doux et tiède, et l'ambiance de la ville m'a prise : quelques passants esseulés, femmes pressées, jeunes gens s'attardant aux portes. Et des groupes d'étudiants, certains déguisés, chantant, riant : des rites d'intégration de début d'études, sans doute...

- C'est pour manger ici ou pour emporter ?

Je suis restée là pour manger, à un tabouret haut face à la rue, entre salle ouverte et terrasse.

Il y avait peu de monde, seule à cette table, je savourais l'instant autant que mon plat.
Je regardais la vie. C'est une expérience publique et intime à la fois, d'être là, de ne pas être cachée, d'être au milieu des gens, et de vivre un bout de leur vie, d'en être témoin, de la ressentir comme secrètement.

Dehors, une jeune femme fumait et téléphonait : elle attendait sa commande. Elle était mince, jean noir serré, veste courte près du corps, cheveux châtain attachés librement, une allure naturelle mais quelque chose de très beau : la silhouette, fine, féminine, ou les gestes, gracieux ? Je ne sais pas. Elle devait sembler comme je la voyais, délicieuse, on avait envie de faire quelque chose pour elle : je me disais que j'aimerais bien qu'elle m'aborde, me parle, ait un service à me demander. Mais... sa commande était prête, la serveuse est sortie la lui remettre ; elle est partie.

Je suis sortie aussi. J'ai marché, marché... Je suis allée à la place, prendre l'air du soir.

Je croisais des conversations : deux jeunes gens très affairés, parlant fort, joyeux : "Et alors... après ça,... on a fini la soirée chez des gens qu'on ne connaissait pas ! "

Une femme, au téléphone : "Allô, Sophie ?"
Mais Sophie n'avait pas l'air d'être là, vu le visage de la femme.

Un jeune homme très beau, à une porte cochère : grand sourire, parlant haut et distinctement, puis riant : "J'ai oublié ma clef !"

Je goûtais le plaisir de marcher seule dans les rues, dans la nuit.

La place est belle, le soir, avec ses sons feutrés, ses lumières.
C'est le rendez-vous des duos, des groupes, des solitaires flânant...
Et j'en étais.

C'est beau une ville la nuit.