lundi 26 décembre 2011

Nos... elle (et lui)

Nos yeux qui clignent
Nos yeux qui brillent
Nos regards qui s'impriment
Nos regards qui se vrillent

Nos mains qui se frôlent
Nos mains qui se veulent
Nos bras qui se prennent
Nos bras qui se tiennent

Nos bouches qui s'offrent
Nos bouches qui se donnent
Nos désirs qui s'invitent
Nos désirs qui s'envient

Nos corps qui se trouvent
Nos corps qui se mouvent
Nos corps qui se relient
Nos corps qui s'unient

Nos coeurs qui s'harmonient
Nos coeurs qui se (ré)concilient...
 


mercredi 30 novembre 2011

L'escalier



Devant nous, une volée d'escaliers s'élevait.
Au pied de la montée, votre main tendue m'engageait à vous y précéder. Et pas réellement par galanterie... celle-ci, dans les règles de l'art, commandant plutôt le contraire... Mais qu'importe le protocole ! Comment refuser une aussi aimable invitation ? Passer devant vous me donna quelques frissons...
Evidemment, vos mains dans la montée durent retenir mes hanches qui tanguaient... Puis vos mains s'enhardirent à une ascension elle-même inspirée, aspirée par mes dessous je présume...
A l'issue de cette balade ascensionnelle sensuelle, nous parvînmes, ravis et rosis, à l'étage gravi...

Mais non ! C'était un ascenseur à l'ancienne, avec sa cabine en bois, boutons de laiton et grille en fer forgé. Vous avez refermé la grille puis les deux battants de la porte sur nous... Et vous avez pressé le bouton. L'étroitesse de l'endroit ne laissait aucun espace entre nous... Ou peut-être en avons-nous fait le prétexte... à un long et langoureux baiser, collés l'un à l'autre, tout au long de la montée...

Mais non ! C'était un ascenseur intégralement transparent, cage de verre au milieu de la ville... Trop vaste pour deux, mais par chance nous y sommes montés sans témoins : alors, vous avez fait glisser ma robe, doucement, le long de mon corps... et moi votre chemise, et votre pantalon aussi...
Et au sommet, nous étions nus, dans cette bulle de verre au milieu du monde, tenus par le regard, ivres et fous...

Mais non ! D'une brusque secousse, je me suis réveillée, dans un lit immense et blanc : et j'étais dans vos bras, heureusement...

dimanche 27 novembre 2011

Nuit de lune




C'était...
une nuit de métal, minérale,
entre automne et hiver.
C'était...
une nuit de lune pleine,
rond halo de satin blanc.
Dans la chambre, nous n'avons pas regardé
sa pâle lueur à la fenêtre...
Nous avons noué et dénoué nos mains,
touché et caressé nos corps,
encore et encore,
dans la chaleur de nos baisers.
Vêtements déposés, nous avons esquissé,
nous avons cherché, puis trouvé
les pas de cette danse,
un corps-accord intense,
coeur à corps, en ivresse,
en folie, en tendresse...
Ô la douceur inclassable, inlassable, de la peau !
Nous avons joué de peut-être
nous avons joui d'être...
Gourmands de nos corps
comme du bon pain,
nous avons dansé, dévoré encore
et valsé, et goûté, sans fin...

C'était...
une nuit de celles qu'on n'oublie pas,
mon amour.



samedi 26 novembre 2011

Les Bijoux

 
La très chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur
Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.



Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j'aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.



Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d'aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.



Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses;



Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,



S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.



Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !



— Et la lampe s'étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre
Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre ! 


Charles Baudelaire

mardi 18 octobre 2011

Juste à côté

Je suis passée de l'autre côté.
Et la cloison de papier, comme une surface d'eau lisse, sans un pli, derrière moi s'est refermée.
Vous étiez là. Vous m'attendiez.
Enfin, bien sûr vous n'en aviez pas l'air... Vous étiez très absorbé par votre lecture.
Je n'ai pas fait de bruit. Je me suis installée, pas très loin, sur la longue banquette où vous étiez, et j'ai regardé droit devant.
Je voyais le monde vivre et vibrer, pressé empressé...
Au coin de mes yeux, à la périphérie, juste là où l'on ne distingue plus bien les couleurs, je voyais le mouvement de votre tête, qui de temps en temps regardait par-dessus ses lunettes, par dessus votre bouquin, dans ma direction.
Il me semblait inconvenant de tourner la tête vers vous, précisément à cet instant-là.
Puis, il m'a semblé inconvenant de vous ignorer...
Et je vous ai regardé.
Oh, à la dérobée, seulement chaque fois que vous lisiez, tête penchée. Un mouvement imperceptible de votre tête pour vous relever, et je ne vous regardais plus, j'étais déjà échappée, le regard loin, comme un chevreuil à l'orée du bois, jouant à se cacher en s'immobilisant dans les bosquets. Et puis je vous regardais à nouveau, dès que vos yeux lisaient. Et ainsi de suite.
A ce jeu, je n'ai pas tenu longtemps.
Peu à peu, je regardais les passants de plus en plus longuement, car vous lisiez de moins en moins, amusé par le jeu sans doute... Et vous ne me laissiez guère de répit. Je n'avais plus le loisir de vous observer sans me trahir, il fallait que je croise votre regard. 
Je me suis alors tournée résolument vers vous, comme une biche aux arrêts, faisant face, interdite.
J'ai sursauté : vous étiez si près !
Vous aviez avancé vers moi, sans que je m'en rende compte, glissant de côté sur le siège jusqu'à vous approcher... très près : juste à côté.
Vous n'avez pas vu mon frémissement, du moins ai-je essayé de le contenir.
Mais il était dans l'air, il était palpable. C'était un frisson délicieux...
Et je lisais dans vos yeux que vous le sentiez...
- Je vous offre un verre ?
Nous avons bu, et conversé. Je parlais peu, je vous écoutais beaucoup, et le vin m'enivrait assez.
Je n'ai pas vu la nuit tomber.
Quand elle était là, j'ai pensé qu'il était tard, trop tard pour repartir seule...
Et vous avez lu dans mes pensées.
- Je vous raccompagne, ou on va manger ?




mercredi 12 octobre 2011

Limbes

Dans les brumes de mes pensées
les limbes de mon cerveau
quand les idées ne se font pas encore
ou plus très bien
entre veille et sommeil
songe et réveil
fatigue et langueur
nuit et petit jour
après tellement d'heures
ou avant que sonne l'heure,
l'esprit comme enroué
la conscience ensommeillée

Quelque chose de profond
vient de moi tout au fond
s'insinue dans le réel
et tient mon corps en éveil

Le désir
ténu
têtu
insolent
libre et ardent
fluide et infini
de lui

dimanche 9 octobre 2011

Double

Femme fille sage
femme calme
raisonnable

La nuit venue
largue les voiles
et se mue

Femme femme flamme
sans entraves
femme nue
femme animale